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Pappy , Pierre André Lalanne est l’ancien de la famille et exerçait l’activité d’ostréiculteur au début des années 40. .. « il y a bientôt longtemps »
« A l’époque, nous avions comme bateau une pinasse à voile et à rames, les « pinassottes » et une à moteur qui restait souvent à quai faute de carburant pendant la grande guerre.
Je partais avec mon père et nous allions sur les parcs après Arcachon et mettions presque deux heures à la rame. Bien entendu, quand il y avait du vent, nous pouvions sortir la voile et ne mettions plus qu’une heure avec un bon vent, pour aller travailler.
En plus de la pénibilité du trajet, les ventres étaient souvent vides pendant ces années de guerre.
On faisait en moyenne et par couple environ 10000 tuiles de captage pour vivre, avec environ 100 huitres par tuile, soit environ 1 million de têtes en « détroquage ».
Puisqu’il faut 3 ans pour que l’huitre arrive à maturité, il fallait sortir tempêtes, grands froid…et autre phénomènes naturels, nous perdions chez les jeunes naissains entre 20 et 25 % de production.
Certains ostréiculteurs faisaient la sardine ou la petite pèche sur le bassin en plus de leur principale activité.
Peu d’expéditeurs étaient à l’époque producteurs. Les expéditeurs nous commandaient un certain nombre de tonnes d’huitres afin de les vendre.
Ça a beaucoup changé quand les expéditeurs ont décidé de produire eux-mêmes…Et la situation s’est renversée quand les producteurs ont décidé de vendre leurs propres huitres.
Les expéditeurs n’avaient plus assez de travail pour garder leurs ouvriers.
C’est depuis que la vente sur les marchés s’est développée jusqu’à nos jours.
Moi qui faisait 10 12 tonnes, j’ai vendu 1 année 2 tonnes, puis 800 kg l’année d’après. Nous avons donc décidé de proposer directement nos huitres à différents commerçants. Ça a été une des périodes un peu trouble dans l’histoire de l’ostréiculture du Bassin.
Dans les années 70, ça a été la disparition de l’huitre portugaise, l’huitre que l’on retrouvait à l’époque (bateau surchargé….estuaire de gironde…).
Les huitres portugaises ont commencé a périr et en 2 ans elles ont toute disparues. Nous posions nos huitres au sol, dans des sortes de jardins grillagés (pour protéger du mauvais temps).
On a remarqué des nuées de bigorneaux qui mangeaient au fur et à mesure les huitres qui s’ouvraient. En 3 ans elles sont toutes mortes.
Nous avons donc été obligés d’aller chercher l’huitre du Japon en Colombie Britannique.
Nos présidents après s’être concertés ont ramenés des grosses huitres par bateaux qui pouvaient se reproduire. On n’avait jamais vu l’huitre évoluer aussi vite (18 mois parfois au lieu de 30 à 36 mois actuellement…). C’était la bonne époque. Petit à petit elles ont perdu de leur vivacité…
On a jamais compris ce qui se passe, n’avons jamais pu anticiper nos productions tant elles dépendaient aussi d’éléments naturels. La nature reste maitresse.
On péchait à l’époque la sardine juste à la sortie de Gujan…
Nous étions à l’époque environ 1500 ostréiculteurs uniquement sur Gujan (300 maintenant…).
Il n’y avait à l’époque que les professionnels sur le Bassin et très peu de plaisanciers….
Aujourd’hui le travail est beaucoup plus mécanisé, le travail est plus facile mais pour être bien équipé, il faut produire beaucoup pour faire face a toute ces charges et une pénurie d’huitres plongerait un bon nombre d’entreprises, et de familles qui ont énormément investi en matériel, par rapport aux normes…
Plus de matériel, plus de normes, d’investissement, un travail physiquement plus facile mais toujours dépendant de la nature.
On avait besoin de moins d’huitres, moins de surfaces… »
Pierre André Lalanne.